RAPPORT SUR LES CONDITIONS DE VIE DES PERSONNES HANDICAPEES VIVANT SUR LES CAMPS  – 10 Mai 2010

Bien avant le tremblement de terre du 12 Janvier 2010, la communauté des personnes handicapées d’Haïti, estimée à 800,000 individus,  vivait dans des conditions infrahumaines. L’accessibilité aux services de base  et le droit au travail relatifs à  cette strate sociale    constituaient la dernière des priorités pour les dirigeants du pays.   Affichant une attitude de rejet, la  grande majorité de la  société  demeure hostile à la charte universelle des droits humains qui garantie    a tout  un chacun le droit de  vivre en toute dignité. Aujourd’hui, suite à cette catastrophe naturelle qui vient augmenter considérablement cette population désœuvrée, plus que jamais, nous constatons que les personnes handicapées font toujours les frais des problèmes de planification et des  précarités  de ressources. En vue de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de cette communauté, la Fédération Haïtienne des Associations et Institutions des Personnes Handicapées d’Haïti a réalisé une étude portant justement sur leurs conditions de vie  sous le patronage du Programme des Nations Unies pour le Développement
(PNUD) et le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe ; laquelle étude est actuellement publiée sur les sites du PNUD. Cet instrument servirait donc de référence et de boussole aux dirigeants haïtiens et étrangers toutes les fois qu’ils souhaiteraient rehausser le standard de vie de ces citoyens handicapés laissés pour compte. Car ces gens, actuellement, se retrouvent davantage acculés à un destin plus tragique que jamais.
12 Janvier 2010, date mémorable  qui a changé le courant des choses en Haïti ; date à laquelle l’environnement socio-économique, culturelle  et politique du pays s’est transformé en camp de sinistrés. La population des personnes handicapées, déjà en prise à de multiples difficultés d’intégration et d’inclusion sociale se retrouve avec un effectif estimatif de 1, 200,000 personnes handicapées, majorant ainsi le nombre de 50 %.
Quatre mois après ce désastre naturel qui a durement frappé le pays, quelles sont les dispositions adoptées en vue de la prise en charge  des personnes handicapées considérées comme la couche sociale la plus défavorisée du pays?  Comment peut-on faciliter l’accès aux services humanitaires et l’accessibilité environnementale à ces citoyens qui sont frappés d’une limitation physique, sensorielle ou intellectuelle quelconque ?
Afin de répondre à cette préoccupation, la FHAIPH, dans le cadre de sa mission a mis sur pied un comité de dépistage qui a pour objectif de visiter les différents camps d’abris provisoires et évaluer les conditions de vie dans lesquelles évoluent les citoyens handicapés de façon générale.
Les paramètres suivants sont prises en compte en vue d’évaluer la qualité des interventions des différentes organisations nationales et internationales qui fournissent des services humanitaires sur les différents sites ciblés.
-          Sécurité, Accessibilité, Support économique, sensibilisation, assistance psycho-sociale,  relocalisation
  Ce rapport fait état d’un constat sur  dix camps situés dans la zone métropolitaine et de  deux  communes en zone rurale abritant des personnes handicapées dont les suivants : 
-          Place Boyer ( Pétion-Ville) –  COHEMAGA ( Aéroport) – AVAP (Henfrasa) – Delmas 2 ( place la Paix)  -  Bas piste A1,  SOHAMO (Cité Soleil) -  COSEM (Aéroport) – Centre Hébergement Juvénat( Juvénat) –  Matissant 9 -  Trou sable ( Fontamara 27) – Maissade ( Plateau Central ) - Petit Goave -
 
. Les remarques et recommandations qui sont portées ne sont pas spécifiques à un centre en particulier mais plutôt elles  sont généralisées de façon à inciter tous les intervenants  à redresser la situation d’intégration et d’inclusion, plus particulièrement l’accessibilité  au niveau de leur stratégie de prise en charge des personnes handicapées victimes du séisme du tremblement de terre  du 12 Janvier 2010.
REMARQUES  GENERALES
-          Suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010, plusieurs personnes handicapées se sont repliées dans les provinces afin d’assurer leur survie. La FHAIPH , un mois après le séisme, dans sa stratégie d’évaluation et d’encadrement de ses membres et des  victimes nouvellement handicapées,  a diligemment envoyé une dépêche auprès des organismes d’aides humanitaires pour répondre aux besoins de ces citoyens désœuvrés, Malgré les multiples démarches faites  au profit de ce groupe,  surtout situé dans les zones rurales, il est encore difficile de faire parvenir les produits de premières nécessités aux sinistrés handicapés qui ont pris refuges dans les secteurs reculés du pays.
 
-          Aucun programme de sensibilisation de masse et de réhabilitation des personnes handicapées n’a été introduit par la SEIPH (Secrétairerie d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapées) en vue de stimuler une prise de conscience citoyenne face au besoins d’accompagnement des personnes nouvellement handicapées relatif  à cette catastrophe naturelle. Le sport étant un des meilleurs instruments de réhabilitation, il n’est donc  fait aucun cas de cette approche par la Secrétairerie d’Etat à l’Intégration des personnes Handicapées
 
-          Plusieurs familles comptant au moins une personne handicapée tant au niveau de la capitale que dans les zones rurales connaissent toujours des problèmes d’abris afin de se protéger contre la saison cyclonique déjà en cours pour les périodes printanière et estivale.
 
-          Jusqu'à présent, les différents acteurs d’aides humanitaires n’ont pas encore  articulées une stratégie de distribution capable de satisfaire les attentes des victimes de la communauté des personnes handicapées. Cette distribution est surtout exécutée de façon clanique,  à travers de petits groupes; ignorant ainsi certaines institutions qui possèdent une capacité de mobilisation et de crédibilité au sein de cette communauté.
 
-          Faisant actuellement face à cette situation de relocalisation des abris provisoires, la population des personnes handicapées qui était plus ou moins répertoriée sur les camps  redevient une fois de plus  une population de nomade; rendant ainsi plus difficile la tâche de l’encadrer.
 
-          En vue d’inciter les occupants des abris provisoires de la capitale à se déplacer, les organisations non gouvernementales  réduisent considérablement les services d’aides humanitaires  aux occupants. Cette stratégie fragilise davantage les conditions de vie de la communauté des personnes handicapées.
 
-          Jusqu’à présent, il est à noter que les membres de la communauté des personnes handicapées sont exclus du programme de redressement économique d’urgence cash for work ou cash for food initié par les bailleurs de fonds. Ce qui amoindrit les possibilités de ces citoyens de s’approvisionner en produits de première nécessité sachant que les rations d’aides alimentaires distribuées par les ONG internationaux sont actuellement nettement réduites.
 
-          Malgré une amélioration  au niveau de l’accessibilité  environnementale dans les nouvelles  zones de relocalisation, les personnes handicapées sur chaise roulante sont  incapables de pénétrer dans leur logis ou dans les toilettes publiques
 
-           Sur les différents sites précités, le problème d’insécurité fait encore la une car les génératrices ne sont pas approvisionnées en carburant ce qui accentue la  vulnérabilité de cette communauté
 
-          Par ailleurs, tenant compte de leur problème de mobilité, en cas de situation d’urgence nécessitant un déplacement rapide, ces individus handicapés sont livrés à eux-mêmes. Il n’existe aucun plan d’évacuation d’urgence sur les sites et aucune formation n’est non plus donnée aux dirigeants des sites afin de mieux encadrer cette catégorie d’occupants face à une telle éventualité.
 
-          Aussi, face à cette crise économique qui s’est accentuée surtout dans le cas des personnes handicapées, plusieurs parents d’enfants  handicapées  se retrouvent à  les garder  à la maison faute de moyen économique  pour payer l’écolage. Mais encore, il n’y a eu aucune cellule d’inspection  qui soit dépêchée au niveau des institutions scolaires  afin d’assurer l’accessibilité de ces bâtiments aux étudiants handicapés. Car, le nombre de jeunes et de professeurs nouvellement handicapés s’est drastiquement  multiplié.
 
RECOMMANDATIONS :
EN terme de recommandations, nous suggérons aux différents dirigeants de prendre connaissance de l’études sur les conditions de vie des personnes handicapées effectuées par la FHAIPH ( site : PNUD – Etude sur les conditions de vie des personnes handicapées d’Haïti)  afin de mieux comprendre la problématique d’intégration et d’inclusion des personnes handicapées en Haïti et aussi de se pencher sur la possibilité d’appliquer le modèle d’inclusion Sociale 5A’s, Concept Universel de Développement Humain en vue de mieux cerner et répondre aux attentes de cette communauté déshéritée.
A-1  -   Acceptation de soi : fait référence à une campagne de sensibilisation de masse pour éduquer la société en générale à la tolérance et faciliter une meilleure prise en charge des personnes handicapées et aussi bien pour mieux supporter les personnes nouvellement handicapées dans leur processus de transition et d’acceptation de soi  comme personne vivant actuellement en situation de handicap.
 
A-2  -  Affirmation de Soi – fait référence à la mise en place de moyens permettant aux  personnes handicapées de participer à des activités pouvant les valoriser au sein de la société
 
A-3 – Autonomie – fait référence à l’implantation de programmes économiques visant à la création d’emplois afin de permettre aux personnes handicapées de se prendre en charge de façon autonome et de divorcer avec leur situation d’assistanat.
 
A-4 – Accessibilité – fait référence à la mise en place et au renforcement de procédures faisant obligation  au secteur privé  et aux gestionnaires d’espaces publiques de faciliter l’accessibilité environnementale aux personnes handicapées afin qu’elles puissent pleinement jouir de ses droits de citoyens à part entière.
 
A 5 -  Accomplissement de soi – fait référence à la valorisation des personnes handicapées face à leur réalisation ou  implication dans les activités nationales. Ceci engendre également un sentiment de fierté et d’appartenance.
En conclusion, L’application du concept permet aux dirigeants de toujours adopter une démarche inclusive face aux besoins des personnes handicapées et aussi, le cas échéant de porter certaines corrections aux situations d’exclusions existantes dans le cadre d’un processus d’intégration.  Car la reconstruction de la nouvelle Haïti ne pourra être idéale si elle n’est pas actualisée par l’adoption de principes d’inclusion visant à promouvoir les droits des personnes handicapées  en tant qu’être humain à part entière et  surtout à faciliter leur pleine jouissance par ces citoyens  à travers toutes les sphères décisionnelles et d’actions qui constitueront les piliers du développement durable du pays.
 
Jean Chevalier SANON
Président/ FHAIPH